Une conférence pour la paix en Palestine

Par Dr Zeina el Tibi Présidente déléguée de l’OEG

Sans doute n’est-il pas nécessaire d’espérer pour entreprendre. En tout cas, il faut se féliciter de l’initiative de la France visant à faire en sorte que la question de Palestine, c’est à dire un aspect fondamental de la paix au Proche-Orient, ne soit pas oubliée et reste sur l’agenda international. ​

À la suite de la réunion ministérielle du  3 juin 2016, les délégations de 75 pays et organisations internationales (États membres du G20 dont les 5 membres permanents du conseil de sécurité, nations membres de l’Union européenne, Pays de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique) se sont rencontrées à Paris, le 15 janvier 2017, afin de réaffirmer leur soutien au règlement juste, durable et global du conflit israélo-palestinien. Les participants ont mis l'accent sur la nécessité de mettre fin à l'occupation israélienne et de faire respecter le droit du peuple palestinien à créer un État palestinien indépendant. Ils ont donc  rappelé que le seul moyen de parvenir à une paix durable était une solution négociée avec deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité. Ils ont donc souligné que « la solution des deux États négociée devait respecter les aspirations légitimes des deux parties, y compris le droit des Palestiniens à un État et à la souveraineté, mettre fin complètement à l’occupation commencée en 1967, répondre aux besoins de sécurité d’Israël et résoudre toutes les questions relatives au statut final sur le fondement des résolutions 242 (1967) et 338 (1973) du Conseil de sécurité des Nations Unies, et ils ont également rappelé les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. » La conférence a également salué l’importance de l’Initiative arabe de paix de 2002 « comme cadre global pour le règlement du conflit israélo-arabe, contribuant ainsi à la paix et à la sécurité de la région ». De fait, le plan de paix arabe est la seule proposition crédible et sérieuse qui soit actuellement sur la table des négociations.

Le texte final appelle Israéliens et Palestiniens « à démontrer leur engagement pour la solution à deux États, et à s’abstenir d’actions unilatérales qui préjugeraient du résultat de la négociation, notamment sur les frontières, Jérusalem, les réfugiés », précisant que, si de telles actions étaient entreprises, les signataires «  ne les reconnaîtront pas ». Il s’agit là d’une réponse, certes indirecte, à la déclaration du président élu des États-Unis, Donald Trump, en faveur d’un transfert de l’ambassade de son pays de Tel Aviv à Jérusalem. C’est donc une mise en garde contre les effets dévastateurs d’un tel transfert qui se ferait au mépris du droit international et créerait une grave situation de crise, comme l’a souligné le président sortant, Barak Obama,  dans son dernier discours en tant que président des Etats Unis d’Amérique.

Plus qu’un acte symbolique la conférence réunie par la France a répondu à un double objectif.

D’une part, il s’agit de rappeler les grands principes d’une paix juste et durable qui est nécessaire au rétablissement de  la stabilité dans la région. En effet, la drame de la Palestine reste la matrice de toutes les frustrations et des colères du peuple arabe et des musulmans du monde entier qui sont profondément humiliés de constater que la communauté internationale se montre incapable de faire respecter le droit international.

D’autre part, la  conférence a permis de répondre aux provocations de l’État d’Israël qui, par un politique de colonisation intensive, tente de rendre impossible la libération des territoires palestiniens occupés en 1967. À cet  égard, le vote de la résolution 2334 du conseil de sécurité adoptée le 23 décembre 2016 par 14 voix et une abstention a clairement dénoncé la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés a recueilli et mis l’accent sur le fait  que la construction et l’extension des colonies illégales mettent gravement en danger la viabilité de la solution à deux États. Le texte de cette résolution s’inscrit dans la lignée de la résolution 465, adoptée en 1980, qui dénonçait déjà l’extension des colonies, jugées illégales. Hélas sans grands résultats puisque, cinquante ans après l’occupation de la Cisjordanie par Israël (en 1967) perdure et le nombre de colons s’élève désormais à 590 000 en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Les négociations bilatérales sont un leurre

Selon un diplomate cité par le quotidien Le Monde, il s’agissait donc de « graver dans le marbre les grands principes avant une période lourde d’incertitudes ». Par ailleurs, malgré les précautions diplomatiques mises en avant, l’initiative de Paris répond à l’objectif de redonner la main à la communauté internationale, laquelle, comme nous le faisait remarquer un responsable arabe, a fait naître le problème en créant Israël en 1947 et doit donc s’employer à le résoudre aujourd’hui ».

On sait que la France a toujours privilégié une solution passant par une conférence internationale car  il est clair que les prétendues négociations bilatérales sont un leurre. En effet comment peut-on négocier entre un colosse et un nain ? La force prime le droit. Et celui qui a la force, Israël, ne veut manifestement pas de la paix. D’autant que le soi-disant parrain américain a toujours été de parti-pris et ne s’est jamais comporté en arbitre impartial. L’élection de Donald Trump ne devrait pas modifier les choses. Bien au contraire si l'on en juge à ses premières déclarations. C’est pourquoi la France soutient l’idée d’une conférence internationale destinée à trouver une solution. C’est le seul moyen d’avancer dans l’intérêt de toutes les parties, y compris de l’État d’Israël qui ne peut éternellement camper sur la position de dirigeants extrémistes qui jouent avec le feu.