Un nouveau Prince héritier pour l’Arabie saoudite de demain

Par Charles Saint-Prot 
Directeur général de l’OEG

L’Arabie saoudite est un régime monarchique dont le pouvoir se transmet aux fils du roi Abdel Aziz Ibn Saoud (restaurateur du Royaume en 1912) encore en vie par ordre d’âge Selon l’article 5 de la Réglementation fondamental du Royaume, promulguée en mars 1992,  l’allégeance (bay’a) se fait conformément au Coran et à la Sunna, au meilleur d’entre eux ». La Réglementation fondamentale  a prévu d’ouvrir tôt ou tard ce droit  à une génération plus jeune mais ce dispositif restait flou et méritait d’être précisé. C’est pourquoi, le roi Abdallah a tenté de donner un cadre institutionnel aux modalités de succession, par  le décret  royal A/ 135 du 19 octobre 2006 qui instaura le Comité de l’allégeance (nizâm hay’at al-bay‘a)  et fixa ses modalités de fonctionnement. Ce dispositif fut précisé en 2007 par la promulgation d’un règlement d’application. Le Comité de l’allégeance est constitué de 35 membres de la descendance d’Abdel Aziz et son règlement d’application concilie l’héritage juridique islamique (la bay’a) et les procédures du droit positif moderne.  

Ce Comité a été institué pour fournir un cadre institutionnel au problème de la succession, puisque le principal défaut de la monarchie saoudienne est de ne pas reposer sur le principe de primogéniture, ce qui entretient naturellement une sorte de confusion et des brigues de toutes sortes entre les postulants potentiels. C’est pourquoi, il est possible d’affirmer que les problèmes de succession ne seront sans doute résolus que par la suppression du mode de succession adelphique, comme ce fut le cas au Maroc, car « de tous les modes d’hérédité, la succession linéale-agnatique, ou de mâle en mâle par ordre de primogéniture, est celui qui est le plus favorable à la perpétuité de la dynastie et qui préserve le mieux des déchirements intérieurs et du danger »  (Antoine Destutt de Tracy, Commentaire sur L'esprit des lois de Montesquieu, Liège, 1817)

En janvier 2015, Salmane Ibn Abdelaziz el Saoud  a succédé à son demi-frère Abdallah, mort le 23 janvier. Celui-ci a désigné son fils Mohammed, 31 ans, comme vice-prince héritier, soit troisième dans l'ordre de succession, après Mohammed ben Nayef, 58 ans, qui n’a pas de fils. Le 21 juin 2017, le roi Salmane a  décidé prince héritier de la couronne saoudienne. Ministre de la Défense et présidant le Conseil des affaires économiques et de développement, une structure destinée à relancer l’économie et à diversifier les ressources du pays grâce à un ambitieux programme de réformes visant à sortir de l'économie rentière et à suivre l’exemple des Émirats arabes unis qui ont réussi leur transition post-pétrolière.

Désormais, le jeune prince est donc en mesure de pouvoir succéder à son père, âgé de 82 ans.  Avec ce rajeunissement et cette mesure de stabilisation des règles de succession, l'Arabie saoudite renforce ses institutions. Elle  est en train de devenir une monarchie absolue, avec un exécutif plus indépendant et plus efficace qui  pourra prendre les décisions nécessaires à l’évolution du pays. En tout cas, cette nomination de Mohammed Ibn Salmane a répondu aux vœux de beaucoup. La nouvelle a été saluée sur  les réseaux sociaux, notamment dans les couches les plus jeunes de la société qui approuvent ce rajeunissement du pouvoir.

Ainsi, les deux principaux États du Conseil de coopération du Golfe arabe – l’Arabie saoudite et les  Émirats arabes unis qui sont des puissances d’équilibre régional et de pondération face à la menace de l’extrémisme radical et à l’activisme iranien- sont aujourd’hui dirigées par des princes héritiers tournés vers l’avenir, convaincus qu’il faut réformer pour conserver. Mohammed Ibn Salmane el Saoud à Riad et Mohammed Ibn Zayed el Nahyane à Abou Dhabi savent que leurs pays doivent assumer leur statut de puissances régionales, ils sont bien déterminés à relever le défi de faire de cette région du monde  une zone moins  instable