L’initiative française pour la paix en Palestine

Par Zeina El Tibi (juin 2015)

Tout en étant consciente des limites laissées à toute action diplomatique par l’alignement systématique de Washington sur l’État israélien, la France n’est jamais restée inactive pour tenter de résoudre le drame de la Palestine qui, perdurant depuis 1948, reste le principal facteur de déstabilisation dans la région et, comme l’a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, « un drame qui peut déboucher chaque jour sur un embrasement ».

Aujourd’hui, encore, la France estime qu’on ne peut isoler le conflit sur la Palestine du chaos régional. C’est dans cette perspective que le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a effectué, du 20 au 22 juin 2015, une tournée au Proche-Orient (Égypte, Israël, Palestine et Jordanie) pour soutenir un plan de règlement du conflit israélo-palestinien qui a été présenté aux ministres des Affaires étrangères égyptien, marocain, jordanien et palestinien qui font partie du comité suivant le processus de paix pour la Ligue arabe.

Le chef de la diplomatie française a rappelé les fondamentaux : il faut certes que la sécurité d’Israël soit assurée mais il faut en même temps que « les droits des Palestiniens soient reconnus, parce que s'il n'y a pas de justice, il n'y a pas de paix. Et de ce point de vue là, quand la colonisation avance, la solution des deux États recule ». L’objectif est de prendre en considération le fait que le prétendu dialogue entre les deux parties conduit à une impasse. En effet, les discussions bilatérales sous la houlette des États-Unis n’ont jamais été qu’un leurre dans la mesure où Washington soutient aveuglément la partie israélienne et ne fait aucun effort pour contraindre les Israéliens à entrer dans une logique de paix et à appliquer les résolutions des Nations Unies, lesquelles constituent le cadre juridique d’une solution globale.

Dans ces conditions, il est clair qu’il faut s’orienter vers une paix imposée parce qu’il n’y a pas d’autres solutions Il faut donc redonner la main à la communauté internationale, en premier lieu aux Nations Unies qui ont créé le problème après la deuxième guerre mondiale, pour imposer la paix avec un plan et un calendrier précis. Les bases fondamentales de ce plan sont claires: deux États, sécurisés et viables, dans le cadre des frontières de 1967 (avec d’éventuels échanges de terre)  et Jérusalem comme capitale des deux États. Ces résolutions pourraient utilement être combinées avec le plan de paix arabe de 2002, qui offre la normalisation des relations des pays arabes avec Israël en échange de la fin de l'occupation et d'un accord de paix global.

L’initiative française vise à faire adopter par le Conseil de sécurité de l'ONU une résolution qui définirait un calendrier et un cadre  en vue d'une reprise des pourparlers de paix qui seraient couronnés par une grande conférence internationale de la paix. Certes, il convient de ne pas sous-estimer la difficulté : les dirigeants israéliens installés dans une logique de guerre, ne veulent pas de solution pacifique durable sur la base de deux États  et les  États-Unis ne sont prêts à aucun effort, tout préoccupés qu’ils sont de se rapprocher du  régime iranien. Pourtant, la France a le mérite de remettre la question palestinienne, mère de toutes les crises de la région, sur le devant de la scène diplomatique en plaçant chacun devant ses responsabilités. Si le blocage persistait, Paris devrait prendre l’initiative d’être la première puissance occidentale à reconnaître pleinement l’État palestinien, à l’instar de près de 130 autres pays du monde.