Le réveil du patriotisme irakien

Par Dr Dr Charles Saint-Prot- Janvier 2020

La situation en Irak ne cesse de se dégrader depuis le renversement de l’État
nationaliste par l’invasion états-unienne de 2003 qui de facto a placé au pouvoir les groupes
extrémistes et sectaires inféodés à l’Iran. Du coup l’Irak arabe a été colonisé par les miliciens
perses et le régime mis en place n’est que l’expression de la domination de Téhéran dans les
affaires irakiennes, avec pour corollaire la chasse aux sunnites et l’exode des chrétiens. À cela
il faut ajouter que le pays est victime d’une extraordinaire corruption et de l’incapacité des
dirigeants à remettre l’économie à flot.

Dans leur vie quotidienne les Irakiens sont les victimes de la mauvaise gestion du pays
et d’une crise économique sans précédent. Le pays est riche en hydrocarbures représentant
70% du PIB et 99 % des exportations, mais cela ne profite qu’à moins de 1% de la population
tandis que le chômage s’étend frappant surtout les jeunes. Désormais un Irakien sur cinq vit
sous le seuil de pauvreté, ce qui est le comble pour un pays potentiellement riche. À cela
s’ajoute un boum démographique énorme, avec 60% de la population de moins de 25 ans. La
croissance démographique qui s’était stabilisée sous le président Saddam Hussein du fait de la
montée en puissance d’une classe moyenne aisée, a rebondi au fur et à mesure que la pauvreté
et le fanatisme religieux (chiite) se sont répandus. La situation des femmes qui avait bien
progressé sous l’ancien régime, ne cesse de se dégrader au point que 65% des Irakiennes sont
au chômage.

Mais ce que supporte de moins en moins les Irakiens est la corruption qui ne cesse de
croitre du fait de la mauvaise gouvernance et de la cupidité d’une classe politique de
profiteurs. Il est également notable que le régime exacerbe les divisions religieuses ou
ethniques. Les places de fonctionnaires (62% de la population active) ne sont attribuées que
selon des critères confessionnels et partisans, c’est à dire aux chiites pro-iraniens, sans tenir
compte des compétences. L’Irak qui avait combattu sévèrement la corruption sous le président
Saddam est aujourd’hui l’un des États les plus corrompus de la planète, se classant 168 e sur
180 au niveau mondial. On estime à plus de 325 milliards de dollars les sommes englouties
dans la corruption depuis la chute du Baas. Pour les Irakiens cette situation est un facteur de
honte, surtout quand on la compare avec l’État de droit qui prévalait avant l’invasion états-
unienne de 2003.
L’autre facteur de honte est dû au fait que le pays est livré aux bandes iraniennes. Le
véritable maître était, jusqu’à sa mort à la suite d’un raid des Etats-Unis, le 3 janvier 2020, le
gauleiter iranien Qassem Soleimani, l’un des hauts responsables des forces paramilitaires des
Gardiens de la révolution (Pasdarans) considérés comme une organisation terroriste par de
nombreux pays. Ce Qassem Soleimani était le véritable patron des miliciens iraniens au
Liban, en Syrie et en Irak où il contrôle de nombreuses milices. D’après l’agence Associated
Press, au début des manifestations populaires contre le régime irakien (pantin de l'Iran) en
octobre 2019, Soleimani a organisé une réunion des services de sécurité du régime pour
affirmer que ses hommes devaient « contrôler » les manifestations. Des documents émanant
de l’agence de renseignement iranienne, recueillis par le New York Times  et le site The
Intercept, confirment l’étendue de l’influence iranienne dans la classe politique irakienne.
Selon le quotidien français La Croix du 18 novembre 2019, «The New York Times et le site
d’information The Intercept ont eu accès à environ 700 pages de documents, des rapports et
des messages rédigés, pour la plupart en 2014 et 2015, par des agents du ministère iranien des
renseignements et de la sécurité nationale (VEVAK) stationnés en  Irak . L’ensemble de ces
documents a été transmis par un citoyen irakien pour que « le monde sache ce que fait

l’ Iran  dans mon pays, l’Irak ». C’est pourquoi, les manifestants irakiens ont pour première
exigence le respect de la souveraineté de leur pays et leur mot d’ordre est « Iran dehors »,
avec la remise en cause du système communautaire et politique et de l’ingérence étrangère
iranienne. L’un des points d’orgue de la révolte anti-perse a sans doute été l’incendie, fin
novembre 2019, du consulat iranien à Nadjaf, suivant ceux de Karbala et de Bassora peu de
temps auparavant. A Nadjaf comme à Oum Qasr, port occupé par les miliciens iraniens qui
trafiquent à qui mieux mieux, à Bassora, à Diwaniya, à Nassiriya, à Bagdad ou à Bakouba, le
mot d’ordre général est « l’Iran dehors ! » De fait de plus en plus d’Irakiens - chiites, sunnites
et chrétiens confondus- contestent le régime venus dans les fourgons de l’étranger (Iran et
États-Unis) et l’occupation de fait de leur pays par l’Iran qui se sert de l’Irak pour contourner
l’embargo occidental.
Malgré les attaques contre les Etats-Unis destinées à détourner l’attention et la
violence de la répression conduite par les milices pro-iraniennes qui ont déjà tué plusieurs
centaines de personnes (près de 500 !) et fait près de 20 000 blessés, il semble que le
patriotisme du peuple irakien se réveille pour finir avec le régime de la trahison et de la
collaboration avec l’Iran. N’oublions jamais que durant 35 ans, Bagdad fut, grâce au Baas, le
centre du nationalisme arabe. Dieu fasse que le réveil irakien soit celui du nationalisme
arabe !